Double meurtre de Bignona : Ce que l’on sait du présumé assassin

L’un s’appelait Abdoulaye Sagna et il était le chef du village de Dombondir, dans les Caronnes, à la frontière gambienne. L’autre se nommait Seyni Sagna, il était jeune et avait de la force à revendre. Dans quelques heures, ils seront tous les deux enterrés dans le cimetière du village de Dombondir, après leur ultime voyage de la morgue de l’hôpital régional de Ziguinchor. Où leurs corps avaient été transportés pour les besoins de l’autopsie destinée à rechercher les causes exactes de leur mort.

Alors que le village s’apprête à faire ses adieux aux martyrs de Dombondir, une colère saine, et pour le moment bien entretenue, est en train de gagner les populations décidées à appliquer la loi du Talion; si jamais la justice laissait le présumé meurtrier revenir au village. Ici, on en veut surtout ceux qui veulent accréditer la thèse selon laquelle le présumé meurtrier est un déficient mental, un fou, un irresponsable de ses actes. Pour Alphousseynou Sagna, l’un des fils du défunt chef de village, l’homme soupçonné du double meurtre est tout sauf un aliéné. « Au contraire, il jouit de toutes ses facultés mentales. Et personne dans ce village n’acceptera qu’on le fasse passer pour un fou, pour espérer le sauver du glaive de la justice. » A déclaré le fils éploré.

Soupçonné du double meurtre de Dombondir, Babou Coly, c’est le nom du présumé meurtrier, est un natif du village. Et sa famille y réside depuis toujours. Mais, l’homme passe son temps entre Dombondir et le village de Goundiour, en Gambie. Où vivent son épouse et ses enfants. L’homme se serait levé ce lundi vers les coups de 10 heures pour se rendre en brousse où se trouvait le troupeau des Sagna.

Là, il s’est directement adressé au berger peul qui veillait sur le bétail, lui enjoignant, sous la menace de sa machette, l’ordre de le laisser partir avec des boeufs. « J’ai pris peur et j’ai fui au village pour alerter la famille », a déclaré le berger. C’est en cours de route que le berger a rencontré Seyny Sagna pour l’avertir des menaces de Babou Coly. Mais, pendant que Seyny -qui connaissait bien l’agresseur- filait vers le bétail, Babou Coly s’était trouvé une planque dans les buissons, derrière les arbres, et attendait ses proies.

« C’est au moment où Seyni Sagna l’a dépassé, qu’il est sorti dans son dos pour l’assommer avec un bâton. » A confié une source villageoise. Seyny Sagna mis Ko, Babou Coly l’a roué de coups avant de le trainer dans les bois pour cacher son corps. Il est ensuite resté pour attendre le prochain téméraire qui viendrait tenter de l’empêcher de voler des boeufs. Il se trouve qu’après avoir écouté le récit détaillé du berger, le vieux chef du village a décidé d’aller au secours de son neveu. Mais, comme avec Seyny, Babou Coly utilisera le même procédé, pour surprendre et neutraliser le chef du village.

Ensuite, à coups de machette, il s’est acharné sur les deux corps pour s’assurer qu’ils n’aient aucune chance de survie. Pendant ce temps, au village le récit du berger a fait le tour du patelin. Et tout le monde est parti à la recherche de Babou Coly et de ses poursuivants dont les corps sans vie ont fini par être découverts.

Alors que l’on s’attendait à ce qu’il prenne la fuite et entre en Gambie où l’attendent sa femme et ses enfants, le présumé meurtrier a préféré revenir au village, auprès des siens. « Quand il est arrivé, il m’a raconté ce qui s’est passé en brousse. Il m’a dit avoir tué le vieux et son neveu, mais n’avoir pas eu le temps de partir avec les boeufs. Et quand j’ai eu ses terrifiants aveux, j’ai décidé de me rendre auprès des gendarmes pour les informer de sa présence chez moi » a déclaré l’un de ses frères.

Fort de ce renseignement, les gendarmes qui savaient ce que risquait le présumé meurtrier, si les populations avaient mis la main sur lui, se sont rendus dans le domicile du frangin. C’est dans cette concession familiale que Babou Coly a été appréhendé et conduit en garde à vue à la brigade de gendarmerie de Diouloulou.

Une instruction sera ouverte et le mis en cause risque, au bout de la procédure, d’être traduit devant la chambre criminelle du tribunal de grande instance de Ziguinchor. Et si sa culpabilité est reconnue par les juges, il risque d’écoper des travaux forcés à perpétuité.