PRÉSENCE DE PITBULL AU SÉNÉGAL : LÉGIFÉRER ET ENCADRER, DE TOUTE URGENCE !

La sauvage agression d’une domestique, par le pitbull de son patron, il y a quelques années, à Sacré-Coeur, avait ému plus d’un avant de passer au rayon des oubliettes. Puis, en 2019, deux cas se succèdent, avec deux pitbulls décimant le bétail de leur propriétaire, dans leur enclos, avant qu’un autre ne s’attaque violemment à un jeune, dans la rue à Pikine. Plus l’ombre d’un doute, encadrer strictement la détention et l’élevage de cette race de chiens est devenu une grande urgence dans un pays où un grand vide entoure la question.

Dans le cas précis de l’attaque du talibé Abdoulaye Baldé, 15 ans, par un Pitbull, à Pikine Icotaf, dimanche dernier, le propriétaire du chien doit prier pour que la victime se rétablisse. Car, en cas de décès, il peut-être poursuivi pour homicide involontaire. En la matière, le droit est clair, décortique Me Moussa Sarr, joint au téléphone par Emedia.sn : « Le propriétaire du chien qui est pénalement responsable des dommages en droit. Ici, il répare le préjudice et, si la personne décède, il peut être poursuivi pour homicide involontaire. »

En l’espèce, la victime est en soins intensifs à l’hôpital Aristide Le Dantec et, le propriétaire du chiens aurait participé aux frais. « Ce qu’il risque, précise l’avocat, c’est de réparer les dommages. En droit, ce qui est prévu, c’est lorsque vous êtes propriétaire d’un animal, fut-il un animal qui blesse, un animal qui cause des dégâts, il appartient toujours au propriétaire de réparer le préjudice. C’est ce qu’on appelle la responsabilité du fait des animaux. Cela veut dire que si vous un animal qui mord quelqu’un et qui le blesse, c’est vous qui êtes responsable du préjudice subi par cette personne mordue. Si vous avez des animaux qui font des divagations sur les champs d’autrui et qui détruisent les récoltes, c’est le propriétaire qui est responsable pour réparer le préjudice. »

S’agissant de la législation, la robe noire donne sa langue au chat. Une grande omerta entoure la question. « Pour être honnête, dit-il, je ne connais pas la législation sur l’encadrement. C’est sur qu’il n’y a aucun avocat sénégalais qui s’occupe de ça. Ce qui est important en droit, c’est que si ton chien blesse quelqu’un, c’est toi qui es responsable, ça tous les avocats le savent. Maintenant, comment éduquer un chien etc. Ça ne s’apprend dans aucune faculté au Sénégal parce que cela n’intéresse pas les Sénégalais. Ce n’est pas dans nos cultures et, peu de Sénégalais élèvent des chiens. »

Le Pitbull, un chien de combat

Pitbull dog muzzled. Training dog composition

Et pourtant, il urge de légiférer, avertit Ousmane Sène, maître-chien détenteur d’un centre canin. « Beaucoup de pays européens, 15 au total, ont interdit la race pitbull, indique-t-il. Bien vrai qu’une partie des Etats-Unis et du Canada les acceptent toujours mais c’est des chiens qui ne sont pas reconnus par la fédération canine internationale (FCI). C’est des chiens qui ne peuvent pas avoir de pedigree. Les Européens les rejettent, les taxant de race dangereuse. C’est vrai qu’il y a des dresseurs capables de les éduquer mais ce n’est pas permis à tout le monde. Mieux, si vous n’avez jamais eu de chien, il vous est interdit d’élever un pitbull. Ici au Sénégal, beaucoup n’ont pas la culture du chien et ils ne connaissent même pas la race mais ils voient que c’est à la mode et, ils s’y mettent. Le pitbull a un instinct sauvage qui se réveille parce qu’à la base c’est un chien de chasse. Il a des gènes très chauds de chien de chasse. C’est un chien de combat parce que tout chien de race à son aptitude. »

Puis, Ousmane Sène de noter, pour le déplorer, le fait qu’au Sénégal, « les chiens ne sont pas élevés comme il se doit. On regroupe des meutes de chiens partout. Leurs propriétaires les sortent sans laisse ni muselière alors qu’ils ne sont pas détendus et qu’ils n’ont pas l’expérience. Y’aura d’autres cas, si l’Etat ne prend pas ses responsabilités parce que les pitbulls c’est comme des chiens bâtards et ils sont partout sur le territoire national. » Alors que, souligne-t-il, l’élevage de Pitbull doit se faire « de manière correcte avec un bon encadrement côté sécurité, niche, alimentation, individualité par rapport aux box, côté hygiène, nettoiement des niches, aux sorties quotidiennes des chiens. »

A la base, poursuit-il, « le Pitbull a été créé comme un chien de combat. Forcément, il a des gènes chauds. S’il n’est pas bien dressé, quand il voit quelque chose qui bouge et qui le dérange, il attaque. C’est des chiens à caractère fort, très dominants. Le dressage est très important. »

Le spécialiste conseille aux amateurs de chiens de « chercher un Berger allemand beaucoup plus stable en famille ou bien un Rottweiler. Mais un Pitbull, c’est interdit en France et dans plusieurs autres pays, ou alors strictement encadré. C’est qu’il y a bien une raison. Au Sénégal, les autorités doivent légiférer parce que cela commencé à faire des dégâts. » En attendant, le maître-chien demande aux rebelles « de faire éduquer leur pitbull par un professionnel. » Ce qui n’est toutefois pas donné à toutes les bourses.

Pour le cas de Pikine Icotaf, le Pitbull était attaché à un piquet à proximité de l’enclos des moutons pour les surveiller. Il détenait sans aucune autorisation quatre (4) chiens dont le Pitbull. Aux dernières nouvelles, le maître coranique du jeune talibé n’aurait pas porté plainte, s’en remettant à la volonté divine.

Étymologiquement, le diminutif Pit Bull est formé de deux mots anglais Pit (fosse ou arène) et Bull (taureau). Pendant le XIXe siècle, en Angleterre, en Irlande et en Écosse, les éleveurs ont commencé à expérimenter des croisements entre des bulldogs et des terriers, à la recherche d’un chien qui combinerait l’esprit de jeux (Gameness) du terrier avec la force et l’athlétisme du Bulldog anglais. En effet, historiquement ce chien a été créé pour combattre d’autres chiens dans des arènes ou des fosses. Ces combats à mort étaient très populaires à l’époque, ils étaient des hauts lieux de New York.

Le Pitbull est considérée comme une des races de chien potentiellement dangereux, mais elle reste une des plus populaires dans le monde, renseigne le site planèteanimal.com.

Les caractéristiques physiques du Pitbull

Le même site souligne que la tête du Pitbull est longue, large et puissante, mais doit être proportionnée avec la taille du corps. Vue de face, elle doit avoir la forme d’un trapèze inversé. Les joues sont volumineuses et ressortent vers l’extérieur. Le stop est modérément défini, les yeux sont situés bas dans le crâne et peuvent être de toutes les couleurs sauf couleur céleste.