THIONE SECK : « JE SUIS UN INCOMPRIS »

La cérémonie de dédicace du livre intitulé « Paroles de Thione Ballago Seck, un poète inspiré et prolifique » du journaliste Fadel Lo a eu lieu ce mardi, 12 mars, au Radisson blu à Dakar. Une rencontre qui coïncide avec l’anniversaire de l’artiste, qui fête ses 64 ans, le même jour. Le monde culturel a tenu à célébrer l’événement.

Le mot de l’auteur, Fadel Lô

« On dit que Thione est le parolier de la musique sénégalaise mais il n’y avait pas de preuves palpables. J’ai passé deux (2) ans à écouter plus de 300 morceaux de Thione Seck et là, je me suis rendu compte que ses textes sont d’une profondeur avérée mais il se dégageait aussi une certaine poésie qu’il fallait écouter et réécouter pour pouvoir le comprendre. Dans le livre, je pars du cheminement du début à la fin de la vie, je parle de la famille, du mariage, de l’amour et de la spiritualité. Donc, dans tout ce qu’il dit dans ses chansons se retrouve dans la vie quotidienne. C’est un fin observateur de la société sénégalaise. » Le film documentaire « est en phase de montage », indique-t-il.
L’ouvrage « Paroles de Thione Ballago Seck, un poète inspiré et prolifique » de 161 pages ’’revisite les œuvres musicales de l’artiste, lead vocal du ’’Raam-Daan’’. Une livre préfacé par Dr. Ibrahima Wane de la Faculté des lettres et sciences humaines (FLSH) de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD). Présent à la cérémonie, il explique : « Nous partageons une conception, c’est le chanteur comme auteur. Le chanteur parle, dit des choses dans une musique qui souvent est diffusée dans des conditions de distraction et de divertissement qui font qu’on oublie que c’est d’abord un texte. Un texte de grande envergure très souvent puisque la base de la construction d’une chanson, c’est la rencontre de l’économie du langage et de l’exhaustivité. Economie du langage puisqu’une chanson fait quatre minutes. On ne peut pas raconter sa vie dans une chanson, on est obligé de se battre contre les mots, avec les idées et les sentiments. »

Donc, poursuit le spécialiste de la littérature orale, « c’est une sorte de sélection quelque fois assez ardue. En même temps qu’il y a cette économie du langage, il faut que le message soit exhaustif. On parle à des gens, il faut qu’il retienne quelque chose de ce que vous dites. On doit en trois minutes raconter une histoire, décrire une situation complexe, partager les sentiments, délivrer un message. C’est l’œuvre, la concentration verbale par excellence. C’est cela qui fait que quelqu’un comme Ismaïla Lô est considéré comme un panafricaniste alors qu’il a écrit à peine deux ou trois chansons sur ce sujet-là. Il y a des gens qui ont écrit un livre sur le panafricanisme. Pourquoi Ismaïla Lô est mis en avant. Ce n’est pas la quantité du texte, du discours. C’est le choix des mots, les inflexions de la voix, les accents, ce qu’il peut déclencher chez quelqu’un et cela on le perd de vue. Si quelqu’un met en valeur cette dimension de la chanson musicale, pour moi cela devient un événement important. »
A l’en croire, Thione Seck a fait la même chose. Car, défend Dr. Ibrahima Wane : « Non seulement, on retrouve tout ce qu’on vient de dire mais aussi des couches d’histoire quand quelqu’un écoute « Siiw » ou « Sey ». Donc, c’est un dépôt d’histoire, de connaissances et de tout notre vécu, qui peut être dans une chanson. Voilà pourquoi, c’est un objet d’une extrême importance malgré son apparence anodine. Voilà pourquoi, j’ai senti ce travail très important dès le début avec l’engagement d’apposer mon petit mot de préface là-dessus. »

« Thione me revigore »

Parrain de la cérémonie de dédicace, Ismaïla Lô n’a pas voulu se faire raconter l’événement. Aux premières loges, l’artiste est revenu sur ses relations très étroites qu’il entretient avec « son grand-frère », Thione Seck : « Il me revigore et il me donne la foi et la force. Thione est un grand homme, un homme pieux. Il a toujours du temps pour moi. »

Thione Seck jette un regard en arrière

« Aujourd’hui, j’ai 64 ans. Je rends grâce à Dieu. Même si je suis un incompris, certains m’ont bien compris. Ainsi va le monde. La volonté divine prime sur tout. Si je regarde dans le rétroviseur, je dois rendre grâce à Dieu parce que c’était très difficile au début parce qu’aucun parent ne voulait donner sa fille en mariage à un artiste. Aujourd’hui, cela a totalement changé. Notre génération a réussi à remettre les pendules à l’heure. Dieu nous a permis de rectifier beaucoup de choses », clame-t-il, soutenant que « la meilleure partie de (sa) carrière est derrière (lui). Toutefois, l’auteur-compositeur se dit concentré sur son projet ’’CEDEAO aux chœurs’’. Concluant, il a formulé des prières pour son fils Wally Ballago Seck pour une riche carrière.

Selon le conseiller culturel du chef de l’Etat, Macky Sall, également présent, « nous avons intérêt à revoir dans nos programmes éducatifs, les messages tirés des œuvres des artistes musiciens (car) pour la postérité, nous avons le devoir de laisser des écrits comme repères. » Indisponible en raison d’un calendrier chargé, le ministre de la Culture, Abdou Latif Coulibaly était représenté par le Directeur des Arts, Abdoulaye Coundoul.