Covid-19 : les daraas, les grands oubliés de la pandémie

La pandémie du coronavirus a obligé beaucoup de daaras à renvoyer leurs talibés chez eux. Serigne Abdoulaye Loum, qui dirige l’internat Daroul Khidma, est revenu dans cet entretien avec Infosrewmi, sur la création de l’internat et l’impact que le Covd-19 a eu sur ses activités. Serigne Abdoulaye Loum explique que l’internat se consacre à ’éducation religieuse et à l’apprentissage du Coran, de l’arabe et du français. A sa création, il y a de cela 15 ans, ses initiateurs avaient remarqués que les parents n’avaient d’autres options que de choisir entre l’école coranique et l’école française ou franco-arabe. C’est ainsi que le projet Daroul Khidma a été vu le jour pour offrir aux enfants l’opportunité d’apprendre à la foi le Coran, l’arabe et le français dans des conditions optimales. Ainsi, il a été implanté des écoles un peu partout dans la région de Dakar (Sicap Mbao, Castor, Derklé, Sacré-Cœur, Pikine, Rufisque…) et même hors de Dakar. Beaucoup de parents leur confient leurs enfants pour qu’ils aient une bonne éducation religieuse. Il y existe des écoles où les enfants viennent faire cours et puis rentrent chez eux comme il y a des internats où sont logés les enfants qui viennent acquérir des connaissances.

Daroul Khidma a apporté une innovation de taille dans le milieu même si certains ont critiqué la démarche au début. En effet, renseigne Serigne Abdoulaye Loum, quand l’internat reçoit un nouvel élève, il y reste une dizaine ou une trentaine de jours puis on le renvoie chez lui. Un test pour l’enfant et l’internat. Au premier, on lui fait comprendre que l’internat n’est pas une seconde maison, mais un lieu où il est venu acquérir du savoir. Au second, il sert à montrer aux parents que leur enfant est dans de bonnes mains. En effet, si l’enfant ne se sent pas à l’aise durant le laps de temps qu’il a passé là-bas, il en fera certainement part à ses parents une fois renvoyé chez lui.

Serigne Abdoulaye Loum s’est également exprimé sur la pandémie du Covid-19 pour dire que c’est le secteur éducatif, au sens large du terme, qui est le plus durement touché. En effet, c’est des millions d’élèves à travers le monde qui ont été obligés d’interrompre leurs cours. C’est donc l’avenir de tous ces futurs dirigeants qui est en jeu. Aussi, estime-t-il que nos autorités ainsi que les acteurs éducatifs doivent faire tout leur possible pour que le secteur éducatif ne pâtisse pas de cette pandémie. Ainsi, Daroul Khidma a décidé de fermer ses écoles dès l’annonce de fermeture des établissements scolaires publics et privés. Toutefois, grâce aux réseaux sociaux, il y a une continuité pédagogique aussi bien au niveau de l’apprentissage du Coran que du français. Les enfants continuent à recevoir des cours via WhatsApp et d’autres applications.

Serigne Abdoulaye Loum de souligner que l’enseignement privé reste le secteur le plus impacté par cette pandémie. En effet, c’est grâce aux enfants que le daara parvient à s’acquitter de ses charges (paiement du personnel, du loyer, des factures d’eau et d’électricité). Avec la fermeture des écoles, les établissements privés peinent à s’acquitter de tous ces charges surtout pour le personnel qui se retrouve dans une situation délicate. M. Loum d’indiquer que les propriétaires de daaras ne sont pas animés par l’appât du gain car ils ne gagnent rien en temps normal. Avec la décision de l’Etat interdisant le licenciement, Serigne Abdoulaye Loum demande dans ces conditions comment ils vont faire pour payer leur personnel. Et jusqu’à présent ils n’ont reçu aucun soutien de l’Etat. Or, ce dernier doit être équitable dans l’aide apportée à tous les secteurs.

L’Etat compte mettre en place, au niveau des banques, une ligne de crédit pour permettre aux établissements, légalement constitués et qui le souhaitent, de bénéficier de prêts. Ce qui exclut d’office les daaras qui n’ont pas de comptes bancaires, des contrats en bonne et due forme et ceux qui estiment que le crédit bancaire est haram (pas licite selon la loi islamique). Il leur reste le financement islamique mais pour en bénéficier, il faut faire un chiffre d’affaire de plus de 100 millions par an. Ainsi, les daaras s’estiment purement et simplement lésés.

Sur la reprise des cours pour le 2 juin, Serigne Abdoulaye Loum estime qu’il y a beaucoup de choses en prendre en compte surtout pour ce qui est des gestes barrières surtout pour l’internat. Toutefois, toutes les mesures seront prises pour mettre en place un dispositif sanitaire adéquat. Il tient donc à rassurer les parents parce que finalement les sombres prédictions des occidentaux n’ont pas eu lieu. Il appelle ainsi à prier Dieu pour que ce virus soit définitivement éradiqué. Il dit être contre ceux qui disent que les vieux vont tous mourir. Il nous faut respecter les gestes  barrières, se confiner si possible mais vivre ou mourir c’est uniquement du ressort du Tout Puissant. Notre vie n’a plus de sens si on a tellement peur de mourir qu’on en oublie Celui qui a créé la mort.

A l’intention des autorités internationales, Serigne Abdoulaye Loum leur demande d’ouvrir les yeux car ce dont ils avaient fait une priorité ne l’est pas en réalité. L’économie était au centre de tout alors que le Covid-19 nous enseigne que l’éducation, la santé et l’environnement sont primordiaux. Aussi, demande-t-il à l’Etat d’appuyer les daaras car c’est eux qui forgent le vrai citoyen nouveau.

Covid-19 : les daraas, les grands oubliés de la pandémie (Sr Abdoulaye Loum lance un cri de cœur)
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