LE SÉNÉGAL OFFRE UN PASSEPORT DIPLOMATIQUE À ACHILLE MBEMBE

Le document de voyage de couleur bleue a été remis au philisophe camerounais lors de son récent séjour à Dakar, à la grande fierté de ses compatriotes camerouanais

L’intellectuel vient de séjourner à Dakar. Il devrait ainsi éviter les contrecoups des tracasseries liées au renouvellement de son passeport ordinaire camerounais.

C’est un Achille Mbembe fier qui a présenté son passeport diplomatique sénégalais le 21 novembre 2019 sur les réseaux sociaux. Le document de voyage de couleur bleue lui a été remis lors de son récent séjour à Dakar. Cette action du gouvernement sénégalais suscite la fierté chez certains intellectuels camerounais. A l’instar du journaliste Jean-François Channon. Le directeur de publication du quotidien Le Messager écrit sur Internet : « Voilà. Quand vous ne reconnaissez pas la valeur de cet homme, Achille Mbembe, l’un des intellectuels africains les plus influents dans le monde, eh beh les autres le reconnaissent. Et c’est bien ainsi. Et nous serons là dans là dans nos petits vals entrain d’adorer des figures irréalistes et un homme de plus en plus déclinant que nous voulons déifier. Les autres voient en Achille Mbembe comme hier en Fabien Eboussi Boulaga, Mongo Béti des figures qu’ils nous envient. Dommage. Le Sénégal est un grand pays qui sait attirer les valeurs. Achille a donc un passeport diplomatique. Au Cameroun les diplômés organiques du système Biya, les élites incompétente et corrompue vous diront que « et puis? » Aka. Restez avec votre dictature là. Ailleurs les gens travaillent en Afrique et avancent. »

Entre autres avantages que pourrait procurer à l’historien et philosophe camerounais son nouveau document de voyage, il y a la facilitation de ses déplacements que l’on sait nombreux. Son passeport diplomatique éviterait à l’intellectuel la longue attente qu’occasionne chaque renouvellement de son passeport camerounais (parfois jusqu’à 6 mois).  Des tracasseries qu’il décrivait dans le texte ci-dessous publié le 8 février 2018 :

PASSEPORT ET FARDEAU DE LA NATIONALITÉ

Je rentre de ce pas de Pretoria. Je m’etais rendu aupres du Haut Commissariat du Cameroun en Afrique du Sud dans le but de deposer une demande de renouvellement de mon passeport.

L’histoire du passeport au Cameroun, tout comme celle de la carte d’identite, restent a ecrire. Mon tout premier passeport, c’est au tout début des années 1980 que je l’obtins. Etudiant à l’époque, je militais au sein de la Jeunesse Etudiante Catholique (JEC). Avec deux autres collègues (dont l’abbe Jean-Louis Akpa), je devais me rendre a Dar-es-Salam (Tanzanie) pour y prendre part à une réunion panafricaine des mouvements JEC.

C’est d’ailleurs à Dar-es-Salam que je rencontrai Jean-Marc Ela pour la toute première fois. Avec Mgr Peter Sarpong du Ghana, il avait été choisi comme le théologien de la conference. A l’occasion, il proposa une puissante reflexion sur le thème: « De l’assistance a la liberation: les taches de l’Eglise en milieu africain » qui fit, quelques mois plus tard, l’objet d’une publication dans « Foi et developpement », le bulletin du Centre Lebret a Paris. C’est également à l’occasion de ce voyage que nous rencontrames Julius Nyerere. Il nous recut dans son palais, a la verite un batiment blanc, datant de l’epoque coloniale et situe non loin de l’Ocean indien.

A l’époque, obtenir un passeport signifiait que l’on était en odeur de sainteté au regard du regime en place, celui de M. Ahmadou Ahidjo. La demande de passeport avait été facilitée par les services de la Procure catholique de l’archidiocese de Yaoundé. C’est elle qui s’occupa également de l’obtention des visas. J’ai encore sous mes yeux une photocopie de ce document délivré par ‘La Republique Unie du Cameroun’, avec la signature du Commissaire à l’Emi-Immigration, Etoa Antoine Marie.

En ces temps-la, tout Camerounais desirant voyager a l’etranger avait besoin d’un « visa de sortie » en bonne et due forme. Le document constituait un élément du dispositif de controle que le pouvoir politique cherchait à exercer sur les citoyens.

Au regard de la loi, la liberte d’aller et de venir n’etait qu’une fiction. Du reste, durant une grande partie de mon enfance et de mon adolescence, du moins dans l’ancienne région de la Sanaga Maritime, le commandement apparaissait de facon privilegiee sous trois signatures terrifiantes – le releve d’impot, la carte d’identite et le laissez-passer.

Le Haut Commissariat du Cameroun a Pretoria est un lieu tout a fait paisible. On est recu correctement, et les fonctionnaires s’efforcent d’exercer leur metier avec professionalisme et courtoisie – ce qui, dans l’habitus du pays (un melange d’esbrouffe, d’informelle convivialite, d’hilarite et de brutalite), est plutot surprenant.

Une bonne partie du personnel du Haut Commissariat vient du Cameroun occidental (anglophone). En realite, ils sont tous bilingues et s’expriment parfaitement dans les deux langues officielles.

Ce matin, il n’y avait pas grand monde dans le petit hall d’entree – quelques demandeurs de visas, et surtout des concitoyens cherchant à renouveler leurs passeports.

Contrairement à certains Etats africains qui octroient des passeports a leurs ressortissants dans leurs consulats à l’étranger, tous les documents officiels en relation avec l’identification des Camerounais doivent être acheminés à Yaounde. Ceci provoque évidemment d’interminables délais. La bonne volonté des agents et leur professionalisme ne suffisent manifestement pas.

On compte au minimum 125 000 Camerounais établis en Afrique du Sud. Ils ont besoin d’actes de naissance, d’actes de mariage, de cartes d’identites, de passeports qu’il faut sans cesse renouveler puisque les Camerounais ont besoin de visas dans presque tous les pays du monde, etc… Toutes les conditions sont donc réunies pour une activite consulaire intense, voire financierement profitable.

Imaginez un instant. Pour un passeport de plus de 40 pages, 25% de plus. Pour un service express, 50% de frais supplementaires. La qualité du service serait améliorée. L’Etat bénéficierait d’amples revenus. Le consulat pourrait à la limite s’autofinancer.

Le personnel, tres devoue, s’efforce de repondre a ces besoins et de gerer les attentes. Mais il ne constitue qu’un petit bout d’une lourde chaine aussi impersonnelle que distante.

Et donc ce matin, il s’avere que le renouvellement du passeport risque d’etre, une fois de plus, un long chemin de croix. La derniere fois, j’;ai du attendre six mois. Et encore, je ne vous dis pas tout …

Pour l’instant, peu importent les urgences. Apparemment, la machine est a court de « cartons »… et de … timbres fiscaux.

Comment se fait-il qu’un Etat souverain, en plein XXIe siecle, soit en manque de passeports et de timbres fiscaux ?

Tout ca, m’explique-t-on, est « fabrique à l’étranger ».

Plus de cinquante ans apres la decolonisation !

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