Adji Sarr : La femme qui a fait trembler le Sénégal en 2021

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Le passé c’est le passé, a-t-on l’habitude de dire. Mais parfois il faut faire un retour dans le passé pour construire un futur meilleur. C’est dans cette optique que la rédaction s’est lancée dans ses rappels des faits marquants de l’année 2021. Après les « pires ministres », les « politiciens les plus malchanceux » et les « gros scandales », Xibaaru continue de ressasser les événements qui ont marqué cette année.

L’affaire « Sweet Beauty » est sans doute celle qui restera le plus longtemps dans les mémoires des sénégalais. Cette affaire fait d’Adji Sarr la « femme qui a fait bouger l’année 2021 ». Tout est parti d’une plainte, révélée par nos confrères du journal Les Échos, dans leur livraison du vendredi 5 février 2021. Une jeune masseuse venait de faire ce que personne n’aurait pensé.

La jeune Adji Sarr avait accusé ouvertement un député de viols et menaces de mort. Ce député n’était autre que le leader du parti des Patriotes du Sénégal pour le Travail, l’Ethique et la Fraternité (Pastef), Ousmane Sonko. Une première dans toute l’histoire politique du Sénégal

Mieux, la femme a porté plainte contre le candidat arrivé troisième lors de la présidentielle de 2019. Une plainte qui fera grand bruit. En effet, car beaucoup des souteneurs du patriote en chef y voyaient la main de l’Etat pour éliminer un adversaire politique. A Pastef, on crie au complot de la part de l’Etat. Mais pour le pouvoir, cette affaire ne concerne que deux citoyens.

Et Adji Sarr avait réussi une autre prouesse. Elle venait de démontrer le côté sombre du leader de Pastef. Pour beaucoup, Ousmane Sonko représentait la sainteté à l’état pur. Personne n’aurait cru qu’il serait trempé dans des histoires de mœurs. Il a beau clamé son innocence. Mais le fait qu’il ait avoué avoir violé le couvre-feu et s’être rendu dans ce salon de massage, laisse les sénégalais dubitatifs sur son sujet. D’ailleurs, beaucoup de ses souteneurs lui ont tourné le dos après cet incident.

Après l’éclatement de cette affaire, Sonko ne cessait de crier sur tous les toits qu’il était l’objet d’une cabale dont la jeune masseuse était le pion. Mais cette dernière a refusé d’être l’agneau du sacrifice. Dans une sortie médiatique, Adji Sarr a mis au défi son présumé bourreau et jure avoir été contraint par Sonko d’entretenir des relations sexuelles avec lui et menacée de représailles en cas de refus.

« Si Ousmane Sonko n’a jamais couché avec moi, qu’il le jure sur le Coran », a-t-elle dit. « S’il jure sur le Coran qu’il n’a pas couché avec moi, je retire ma plainte », ajouta-t-elle. Une chose que le leader de Pastef n’a toujours pas faite. Mais Adji Sarr avait rejeté la thèse du complot.

Ce qu’on considérait comme une simple affaire de mœurs a failli mettre le pays à feu et à sang. Ce, parce que le présumé violeur avait refusé de déférer à sa convocation. Convoqué le 8 février 2021 par le juge d’instruction, Ousmane Sonko, protégé par son immunité parlementaire, n’a pas été déféré à la convocation des gendarmes. Une fois cette dernière levée par l’Assemblée nationale, le député était à la disposition de la justice. Le 3 mars 2021, convoqué par le doyen des juges, il sera finalement mis en situation de garde à vue pour troubles à l’ordre et transféré par les éléments du GIGN à la brigade de recherche de Colobane. Cette arrestation et l’appel à l’insurrection lancée la veille ont fait basculer le pays. Pendant cinq jours c’était le chaos dans les rues de Dakar et dans le sud du pays.

Ces émeutes se sont soldées par d’importantes pertes en vies humaines. Le bilan fait état de quatorze jeunes qui ont perdu la vie suite à ces manifestations et six cents blessés. Les enseignes françaises ont toutes été pillées par une foule en furie. Stations d’essence « Total » vandalisées et magasins « Auchan » pillés, tel était le sombre décor laissé par les manifestants.

Même si les médias l’ont zappée dans leur classement annuel, Adji Sarr reste la femme la plus influente en 2021. Sa plainte pour viol a fait bouger le Sénégal sur tous les côtés. Et même les forces de défenses et de sécurités ont eu droit à leurs primes « Adji Sarr ». Le nouveau chouchou du Coddas (Collectif pour la Défense des Droits de Adji Sarr) attend toujours le verdict du tribunal dans cette affaire. Mais en attendant, Xibaaru continue de scruter les faits marquants de 2021. Et prochainement, la rédaction reviendra sur, « la pire déclaration d’un politicien. »

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