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Décès de Covid-19 : « L’interdiction de rapatriement des corps de Sénégalais ne repose sur aucun argument scientifique ou médical »

Membre du pool scientifique du collectif pour le rapatriement des corps des Sénégalais décédés du coronavirus résidant dans 29 pays d’Europe, Docteur El Hadji Alioune Badara Diouf a brandi des arguments selon lesquels, le rapatriement des Sénégalais décédés du Covid-19 à l’étranger ne comporte pas de risque de contagion. Pour le médecin-gériatre à Colmar en Alsace (France), « la mesure de refus est fondée sur des suppositions ». Entretien ! 
Vous être médecin gériatre dans une clinique à Colmar en Alsace (France). Quelle est la situation des Sénégalais vivant dans ce pays depuis le début du Covid-19 ?
L’Alsace est la région la première et la plus impactée par l’épidémie à Covid-19 en France en raison de la survenue du cluster suite à un rassemblement religieux à coté de Mulhouse et dont le système de santé a été dépassé. Dans cette ville comme dans beaucoup d’autres foyers d’immigration la communauté sénégalaise, à l’image du reste de la population, vit dans une situation de peur, d’angoisse face à cette maladie déroutante, inconnue et dont nous commençons à comprendre les tenants ; angoisse majorée par le fait d’être expatrié dans un pays ou la mesure de confinement a provoqué le chômage partiel ou l’arrêt d’activités indépendantes, des situations précaires.
En fait, le taux de mortalité sur une courte période et dû au coronavirus est élevé en France. Vous l’avez tous observé et cette mortalité a aussi touché des immigrés notamment sénégalais qui, il faut le souligner, sont déboussolés par l’organisation spéciale mise en place pour la gestion des décès. Des procédures de crémation ont été proposées. Ce qui a été refusé pour des raisons culturelles, religieuses et tout simplement psychologiques. Il faut aussi rappeler que certaines de ces personnes décédées avaient émis le souhait et organiser leur inhumation au Sénégal.
« Le virus Covid-19 ne peut pas survivre sur un corps décédé ni sur les matériaux qui l’entoure plusieurs jours après le décès »
Le Comité national de gestion des épidémies du Sénégal refuse tout transfert de dépouilles. Vous ne partagez-vous pas son avis ?
Le communiqué qu’on a reçu et qui fait état de cela date du mois d’avril. Alors que l’épidémie du coronavirus et les décès ont débuté depuis mars. Mieux, le manuel de procédure de réponse à l’épidémie du Covid-19 du ministère de la Santé du Sénégal datant de mars 2020 a décrit de façon très détaillée les procédures pour prendre en charge un patient décédé de Covid-19 au Sénégal, d’un hôpital X jusqu’au lieu de l’enterrement.
Notre interrogation est : comment se fait-il que les Sénégalais résidents au pays ont une procédure, en cas de décès, bien faite pour éviter tout risque de contagion jusqu’à l’inhumation et que les Sénégalais de la Diaspora, on leur interdise un rapatriement de corps ? Quand on sait que les défunts ici suivent une procédure stricte de préparation des corps pour éviter toute forme de contagion.
Voulez-vous dire que la décision de l’Etat du Sénégal ne repose sur aucune base scientifique ?
La maladie émergente due à un nouveau coronavirus baptisé Virus 2019-nCov sévit depuis le mois de décembre 2019 dans le monde et donc bientôt 4 mois avec une dissémination mondiale en faisant une pandémie. L’Organisation mondiale de la Santé (Oms), en janvier, l’a déclarée urgence de Santé publique. Dans tous les pays et bien entendu en France et aussi au Sénégal, des groupes d’experts ont émis des recommandations de prévention de la contamination du Covid-19 par une personne décédée.  En France, c’est le Haut conseil de la santé publique (Hcsp) et qui a émis un premier avis le 18 Février 2020 préconisant des mesures jugées maximalistes. L’évolution des connaissances sur les mécanismes de contamination a montré que la transmission par gouttelettes respiratoires, manu portée ou par les selles plusieurs jours après le décès est quasi nulle.
Ainsi le Hscp a émis de nouvelles recommandations le 24 Mars 2020 allégeant les mesures préventives de contagion par patients décédés. Il y est précisé : « la prise en charge des personnes décédées de Covid-19 impose de respecter la stricte observance des règles d’hygiène et des mesures de distance physique, mais aussi de respecter dans leur diversité les pratiques culturelles et sociales autour du corps d’une personne décédée ».
Pour le cas du Sénégal ?
J’ai pu consulter la procédure de prise en charge en cas de décès dû au Covid-19 au Sénégal, qui est très complète, datée du début du mois de mars 2020. L’inhumation des personnes décédées de cette maladie est parfaitement organisée avec l’intervention des services d’hygiène, sapeurs-pompiers et municipalité etc.
Nous, on parle des personnes qui sont décédées depuis plusieurs jours en France, en Italie, et dans les autres pays européens, africains, ou américains. Ces corps ont été pris en charge par les services hospitaliers et funéraires des pays concernés dans des règles strictes d’hygiène, préparés et installés dans des housses puis dans un cercueil – J’en ai la preuve visuelle de par mon exercice dans une région fortement impactée et avec beaucoup de décès. Ceci  annule tout risque de contagion.
De surcroît, il y a les procédures administratives et de d’organisation du transport, transit aérien qui peuvent durer plusieurs jours voire des semaines.
En plus, le virus Covid-19 ne peut pas survivre sur un corps décédé ni sur les matériaux qui l’entoure plusieurs jours après le décès. A ce jour, aucun cas de contamination post mortem n’a été décrit dans le monde.
« C’est inadmissible ! Le droit inaliénable qu’on a de choisir le lieu de son enterrement doit rester et nous sommes des Sénégalais à part entière »
Donc, que comptez-vous faire maintenant ?
Nous demandons simplement que la procédure d’inhumation appliquée aux personnes décédées au Sénégal de Covid-19 soit aussi appliquée aux corps de compatriotes immigrés décédés de la même maladie dès qu’ils arrivent sur le sol sénégalais. Car rien ne s’oppose, sur le plan scientifique et médical, en termes de contagion possible, aux transferts de ces personnes dans des cercueils hermétiquement fermés jusqu’au Sénégal.
Nous allons porter l’information et notre demande légitime par tous les moyens auprès de nos compatriotes et auprès de l’Etat sénégalais pour qu’il revienne sur cette décision de non rapatriement injustifiée et incomprise.
Est-ce qu’on peut savoir le nombre de corps sans vie qui attendent d’être rapatriés ?
Le dernier relevé que j’ai de mes camarades du collectif fait état de 30 à 40 dépouilles. Tout décès est à déplorer mais la survenue dans un pays étranger rend la situation plus difficile quant à l’organisation de l’inhumation. L’Etat doit assister tous les citoyens et aussi ceux immigrés hors du pays et être capable de prendre en charge, je dirais juste, d’autoriser ces personnes décédées à revenir dans leur pays. C’est très important.
Le gouvernement turc avait la même position que le Sénégal sur la question. Mais il a décrété, à la date du 22 mars, le rapatriement de ses patients de Covid-19 décédés.
Estimez-vous que l’Etat du Sénégal va revenir sur sa décision ?
Oui, étant donné que la mesure de refus de rapatriement des corps de Sénégalais décédés à l’extérieur est fondée sur des suppositions de risque de contagion.
Le droit inaliénable qu’on a de choisir le lieu de son enterrement doit rester et nous sommes des Sénégalais à part entière. C’est inadmissible que sur des raisons non fondées scientifiquement et médicalement qu’on interdise ces rappariements

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