Lettre ouverte à Monsieur Macky Sall Président de la république du Sénégal

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Lettre ouverte à Monsieur Macky Sall Président de la république du Sénégal

Monsieur le Président,
Nous, populations du village de Sinthiou Dioye, de la commune de Kidira, du département de Bakel, de la région de Tambacounda, constatons amèrement que ce jour, 28 avril 2022, votre représentant locale, en l’occurrence Monsieur Daouda SARR, le Sous Préfet de l’arrondissement de Bele, a décidé de se mettre au service d’une société privée, en l’occurrence la SOGES, pour défendre les intérêts
de cette dernière au détriment des nôtres. En votre nom, on a bafoué nos droits fondamentaux pour enrichir des protégés.

En effet, ce jour 28 avril 2022, en plein ramadan, avec 44 degrés à l’ombre, 6 véhicules de la gendarmerie nationale, remplis de 24 éléments des forces de sécurité lourdement armées, comme allant en guerre, envoyées par Monsieur le Sous préfet, ont encerclé notre village, sans en informer au préalable le chef du village, entravant la libre circulation des biens et des personnes. Le but de cette opération quasi guerrière étant de mettre main basse sur les biens d’équipements chèrement acquis à la sueur de ses populations et de celle de ses enfants de la diaspora ; une diaspora qui a trimé dans le froid et les mauvaises conditions de vie à l’étranger, se privant de tout pour améliorer les conditions de vie dans notre village, en y édifiant entre autres, un Château d’Eau et une case de santé.

L’objectif de cette brutale intervention qui nous a rappelé les images des films de guerre de la deuxième guerre mondiale et celles plus particulièrement des interventions de la GUESTAPO a pour objectifs d’ exproprier le village de son Château d’Eau qu’il a chèrement acquis au profit, dit on, de votre protégé, une société privée, la SOGES, pour que celle-ci mette main basse sur l’exploitation de notre Château d’Eau et en tire honteusement profits. Une société qui n’a pas contribué, ne serait-ce que d’un francs, dans la réalisation du Château d’Eau ou du réseau de distribution d’eau. Quelle INJUSTICE !

N’eut été le ramadan et le fait que la majorité des jeunes du village étaient absents, la présence des forces de sécurité, auraient pu dégénérer et conduire à l’irréparable, avec des conséquences imprévisibles et incalculables.

Pour que personne ne l’ignore, notre village, disposant d’un forage motorisé qu’il a toujours géré à la satisfaction des habitants depuis 1979, a initié un projet d’édification d’un Château d’Eau et d’un poste de santé, en partenariat avec le PAISD pour des coûts respectifs de 50.625.493 Fcfa et 41.951.707 Fcfa. Soit un total de 92.577.200 Fcfa. Pour le financement de ce coût total, notre diaspora a contribué à hauteur de 30% du coût total soit 27.773.160 Fcfa dont 15.187.648 Fcfa pour le Château d’Eau et 12.585.518 Fcfa pour la case de santé. A noter que les 70% restant, proviennent de financements extérieurs, auxquels, seule la diaspora est éligible. C’est dire que sans la demande de nos enfants de la diaspora, le Sénégal n’aurait jamais obtenu le financement correspondant à ces 70% du coût des deux projets. Il est donc légitime de considérer que l’Etat est lui-même redevable à notre diaspora pour l’obtention de ces 70%. Suite à ce sacrifice consenti par nos enfants, voici que subitement, on veuille donner la gestion de notre château à une société, sortie de nous ne savons où, pour qu’elle s‘accapare des bénéfices de nos investissements auxquels elle n’a nullement participé. Nous soulignons que tous les forages des villages alentours autogérés par les dits villages, disposent aujourd’hui, de dizaines de millions de Fcfa de fonds de réserve dans leurs comptes bancaires ; réserves issues des résultats d’exploitation cumulés de leur forage.

Ce sont ces bénéfices que l’on veut ôter des mains des populations des villages pour les donner à vos protégés, ces vampires. Nous ne l’accepterons pas Monsieur le Président . Nous sommes prêt à y laisser nos vies. Nous joindrons nos forces à celles des autres villages se trouvant dans la même situation, pour résister à ces spoliations iniques et inhumaines. Et dire, en outre, que pendant tous les travaux de réalisation de ces infrastructures, aucune autorité administrative locale (Sous-Préfet ou Maire} ne s’est rendue sur les sites du Château d’Eau ou de la case de santé, pour, ne serait-ce que pour la forme, nous encourager ou s‘enquérir de l’état d’avancement des travaux et montrer ainsi l’intérêt qu’elles portent aux préoccupations des populations.

Nous soulignons que les forces de sécurité y ont été envoyées pour désinstaller la pompe du forage que la diaspora a acheté et installée après que le village fut resté plus de quatre mois sans eau, du fait que la pompe défectueuse n‘a jamais été remplacée par la SOGES. Cette dernière, qui avait pris de multiples engagements sans jamais les tenir, veut aujourd’hui s’accaparer, pour ne pas dire voler, avec la complicité de vos représentants locaux dont Monsieur le Sous-Préfet de l’arrondissement Bélë , de la gestion de notre forage, qu’elle sait rentable. Après avoir acheté notre vache, l’avoir engraissé et fait faire du lait, on veut nous la prendre de force et la donner à vos protégés, pour mettre main basse sur ce lait ; ce que nous refusons catégoriquement et que nous n’accepterons jamais.

La situation étant explosive, nous vous prions Monsieur le Président de la république, de rappeler au Sous-Préfet de Bele, Monsieur Daouda SARR, que l’ère des commandants de cercle de l’époque coloniale est révolue et que les populations, connaissant ce qui leur revient de droit, ne se laisseront pas spoliés ou escroquées et ce, quel qu’en soit le prix à payer.

En attendant d’être rétabli dans notre droit, nous vous prions Monsieur le Président de la république, d’user de votre autorité pour que, d’une part, Monsieur le Sous-Préfet désinstalle la pompe qu’il a fait installer de force et d’autre part qu’il réinstalle la notre qu’il a désinstallée de force, pour éviter tout conflit avec les habitants du village. C’est un manque de respect notoire vis-à-vis des populations que de venir, sans même informer le chef village, enlevé une pompe que les villageois ont acquis de leur poche pour y mettre la pompe de la SOGES. Le but de cette opération étant de faire en sorte que la SOGES, par le biais de sa pompe dont le village n’a pas besoin parce que possédant la sienne, puisse prendre possession de la gestion du forage et donc de nos investissements pour les exploiter à son seul profit. Encore une fois, nous ne l’accepterons.

Par ailleurs, nous estimons Monsieur le Président de la république, que Monsieur le Sous Préfet doit du respect à notre un chef de village. C’est la troisième fois qu’il lui manifeste un manque de considération, ce que nous ne le tolèrerons plus. Nous exigeons que Monsieur le Sous Préfet nous respecte. En outre, il doit se préoccuper beaucoup plus du bien être des populations, plus tôt que de privilégier les intérêts de la SOGES sur les nôtres. Les populations de l’arrondissement commencent d’ailleurs à s’interroger sur ce qui le lie à la SOGES, tellement il fait des pressions sur les villages pour que ces derniers cèdent la gestion de leur forage à ladite société. Nous nous demandons aussi pourquoi Monsieur le Sous-Préfet n’a pas, à l’instar de notre village, agit de manière coercitive vis-à-vis de cette société quand nous manquions d’eau et que la SOGES nous laissait mourir de soif. Actuellement, les populations de KIDIRA, notre chef de lieu de commune, meurent de soif.

Comptant sur les instructions que vous voudrez bien donner, pour satisfaire nos demandes, et faire éviter que l’irréparable ne se produise en faisant intervenir les forces de sécurité pour un oui ou pour un non et surtout contre nos populations qui n’aspire qu’à vivre en paix ; il reste entendu que nous n’accepterons jamais de subir passivement, une injustice aussi flagrante, que celle qui consiste à nous ôter de force nos investissements pour les donner à des protégés, afin que ceux-ci en tire profit à nos détriments.

Comptant sur votre haute bienveillance pour que l’on nous restitue notre forage et sa gestion, nous vous prions , Monsieur le Président de la république, de bien vouloir recevoir nos respectueuses et républicaines salutations et de croire à notre très haute considération.

Sinthiou Dioye, le 28 avril 2022
Pour Les populations du village de Sinthiou Dioye.
L’adjoint du chef du village Daouda Guiro

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