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L’histoire du Gamou: les Khalifes de Tivaouane

 

«C’est un pilier de la religion qui s’effondre, c’est un véritable esprit éclairé qui venait de faire défaut au monde des oulémas (kamâ khasafal qamâru), telle l’éclipse couvrant d’ombres la luminosité de la lune ». Ce vers de Thioro Mbacké déclamé au rappel de Dieu de Seydi El Hadji Malick Sy, en cette année 1922, traduit d’une certaine manière la place occupée par le saint homme de Tivaouane dans l’islam sénégalais au 19e et au début du siècle.
El Hadji Malick Sy naquit vers 1855 à Gaya, dans le Walo. Fils, de Thierno Ousmane et de Fawade Wéllé. Son père fit une partie de ses études en Mauritanie et s’arrêta à Gaya, à la recherche d’un ouvrage auprès d’un érudit du nom de Malick Sow. Il avait fait la connaissance de Sokhna Fatimata Wade, plus connue sous le nom de Fawade Wéllé et l’épousa. Elle était reconnue pour sa sainteté et sa sollicitude envers les Talibés (élèves des écoles coraniques) de la contrée. Pour eux, elle était une véritable « Ndeyi daara » (une sorte de marraine pour les apprenants).
Thierno Ousmane Sy perd la vie durant un séjour au Djoloff avant même la naissance de Malick Sy. Le pére de El Haji Malick put laisser cependant en héritage une bibliothèque et comme testament des instructions concernant l’éducation de l’enfant à naître. Il demanda également que le nom de son marabout à Gaya, Thierno Malick Sow, fut donné à l’enfant qui naîtrait, s’il était garçon. Sa mère et son oncle Alpha Mayoro Wéllé ne ménagèrent aucun effort pour l’éducation du jeune Malick.
El Hadji Malick écrit lui-même dans son ouvrage Ifhâm al munkir al – jâni : « je fus recommandé à ses détenteurs -des sciences islamiques- les plus éminents et les plus compétents par mon oncle maternel… ». rapporte Tivaouane monsite.
C’est ainsi qu’après avoir appris le coran qu’il mémorisa tôt, il sillonna le pays de long en large, en quête de connaissance. Une vie d’étudiant itinérant qui dura vingt-cinq longues années. Ce qui lui a permis d’asseoir de solides connaissances dans les domaines les plus variés en sciences religieuses et mêmes profanes comme les mathématiques, l’astronomie, la prosodie et la poésie.
Les principaux foyers de la culture islamique d’alors l’accueillirent. C’est à Gaya qu’il s’initia à la théologie et à l’exégèse, puis à Ndombo pour le fiqh. A Bokhol, il commença son droit qu’il alla terminer à Keur Kodé Alassane et à Taiba Sèye. Ainsi se termina le premier cycle de ses études. C’est alors que l’accueillit Saint-Louis pour l’étude de la littérature et de la grammaire auprès d’Amadou Ndiaye Mabéye. Ensuite il fit cap sur le Ndiambour, à Ndiabali chez Mor Barama Diakhaté où il étudia le Tome 1 du Khalil et Ibn Ishaq.
Puis à Thilla Dramane pour le Tome 2 du Khalil et l’Alfiyya à Ngade Demba. Keur Kodé Alassane l’accueillit de nouveau pour la Risala, Thilogne ensuite pour l’Ihmirar et enfin la Mauritanie, chez Mouhammed Ali al Yaqubi pour le mysticisme. Il y reçut des capacitations dans ce domaine comme dans celui des sciences esotériques comme les hadiths. Ses études qui ont duré vingt cinq ans étaient parfois entre coupées de séjours au Walo. S’adonnant en même temps à l’agriculture, les produits de son champ de Ngambou Thilléi lui permirent de faire le pèlerinage aux lieux Saints de l’Islam. El Hadji Malick avait 35 ans lorsqu’il effectue son pèlerinage à la Mecque vers 1888.
Après La Mecque, il fit un périple dans d’autres cités du Moyen Orient comme Alexandrie, Jérusalem, Boukhara,
Samarkand. L’occasion lui fut donnée de rencontrer des sommités intellectuelles et de nouer des relations solides avec celles-ci. Il revint au bercail avec un projet : revivifier la pratique religieuse chez lui. Ce projet se déclinait en quatre points : -enseigner et fonder des daara (écoles coraniques), bâtir des mosquées, -avoir un champ pour travailler la terre et gagner sa vie mais aussi avoir un lieu où il pourrait réunir les Musulmans annuellement. Son projet sera concrétisé avec la formation de grands érudits qu’il envoya dans les quatre coins du Sénégal et d’Afrique de l’Ouest. Il édifie un nombre incalculable de mosquées dont les Zawia de Tivaouane, Dakar et Saint Louis. Maodo Malick Sy sera rappelé à Dieu en 1922 et transmettra le legs entre les mains de Serigne Babacar Sy.
SERIGNE BABACAR SY – Le Gardien de l’orthodoxie
Né à Saint-Louis en 1885, Serigne Babacar Sy, appelé affectueusement Mbaye Sy par ses intimes et ses talibés, était le deuxième fils de Seydi El Hadj Malick Sy et de Sokhna Rokhaya Ndiaye. Ayant succédé à son père en 1922, il a toujours défendu, avec énergie et dévouement, trois choses : l’islam, la tarikha et les dahiras.
Guidé par sa droiture, il a su, selon le site Tiavaouane monsite, par sa sincérité et sa foi, se forger un destin de meneur d’hommes. Formé par son père et armé des plus belles vertus, guide religieux exemplaire, Serigne Babacar Sy a su façonner les croyants à l’image du prophète Mohamed et dans la tarikha tidjane.
En effet, les contemporains et tous ceux qui ont visité son œuvre après, sont unanimes à dire que Serigne Babacar était un fin lettré, un poète au talent rare, un spécialiste de la Tajwiid (bonne diction en lecture), un Tafsir (exégète) du Saint-Coran.
Dans la pratique, il a toujours privilégié l’orthodoxie en matière de mise en œuvre de la Charia, de la Sounah et des préceptes de la Tijaniyya dont il était un rempart infranchissable. A cet égard, il convient de retenir ce témoignage de Cheikh Al Hadj Abdoul Aziz Sy Dabbakh (Rta) : « Seydy Aboubacar Sy (Rta) disait qui pointe du doigt trois choses me trouve sur son chemin : la religion, la Tijaniyya et la famille d’El Hadj Malick Sy ». Élevé dans un milieu essentiellement religieux, ses études basées sur une foi naturelle et spontanée, Serigne Babacar Sy se distingua comme un fin lettré, d’esprit ouvert et tolérant, mais aussi un croyant fervent. Seydi Ababacar Sy, deuxième fils d’El Hadj Malick Sy, recueille la succession de son père le jour même du décès de celui-ci : le 27 juin 1922.
Bien qu’âgé seulement de 37 ans, il aura accès au Khalifat. Il sera à la mesure de la charge par son immense savoir étayé par un wilaya ( sainteté) que tous ses contemporains lui ont témoigné.
Son autorité est reconnue par tous les Mokhaddam qui voient surtout, en sa personne l’héritier de la Baraka du vénéré El Hadj Malick. Convaincu du caractère spirituel de sa mission de chef de confrérie islamique, c’est sous son khalifat que les dahiras (cercles de fidèles) dont le premier s’appelait « Dahiratoul kirâm tidianiya », seront créés dans les années 20. Donc, c’est à lui que toutes les confréries doivent cette trouvaille qui a rapidement fait des émules. Le premier est le « Dahiratoul Kiraam » de Dakar.
Les « Dahiras » sont des entités à vocation éducationnelle, de solidarité, d’entre aide, de fraternité en Islam qui, de nos jours, sont des milieux de culture, d’éducation et de formation islamiques. Cette approche a vite fait de s’imposer comme un outil performant au service de l’Islam au Sénégal et ailleurs. A sa mort, le Khalife Ababacar Sy laissera une confrérie puissante par le nombre de ses adeptes. Le 25 mars 1957, Ababacar Sy est rappelé à Dieu, à son domicile de Tivaouane, à l’âge de 72 ans.
EL HADJl MANSOUR SY – Le fils spirituel
Troisième fils de El Hadji Malick Sy, Serigne Mansour vit le jour en 1900 à Tivaouane. Très tôt, son intelligence, sa capacité de discernement et sa maturité révélèrent sa très grande envergure et il faisait figure de secrétaire à son père El Hadji Malick. Doté d’une vaste culture, il se fit un point d’honneur de présider des conférences religieuses et de remplir les mosquées d’âmes nouvelles.
Serigne Moustapha SY Jamil porte sur le témoignage d’un attachement sans faille à son père et une admiration à la limite de l’idolâtrie pour son frère et maître Serigne Babacar Sy. Il leur dédia à chacun des poèmes d’une rare beauté comme pour renouveler son allégeance envers eux. On cite à cet effet ces célèbres vers : (O merveille que notre maître ! Grâce à toi notre prière du vendredi a été sauvée !), rendant hommage à la science et à la vigilance de tous les instants de Khalifa Ababacar Sy et singulièrement à la lucidité dont il a fait montre dans un moment d’inattention lorsqu’un chérif mauritanien, en tant que étranger avait dirigé une prière du vendredi à Tivaouane.
Serigne Mansour Sy disparut en effet le 29 mars 1957, soit quatre jours seulement après le rappel à Dieu de Seydi Ababacar Sy. D’aucuns crurent alors que la tarikha allait connaître une longue période de léthargie. Mais, c’était sans compter avec la Miséricorde Divine qui gratifia la communauté Tidjane d’un soufi, imbu de paix sociale, discret, courtois et doté d’une culture encyclopédique pour veiller sur la tarikha et l’héritage de El Hadji Malick Sy.
Par sa présence rassurante, son attachement à l’esprit et à la lettre du Coran et de la Sunna, Serigne Abdoul Aziz Sy, affectueusement appelé Moulaye Dabakh, a su relever avec beaucoup d’humilité le défi de son illustre prédécesseur. Par la grâce de Dieu, il a réussi la prouesse d’incarner le modèle achevé du soldat de la foi qui a su élever la tolérance elle respect de son prochain au rang de sacerdoce. « Je jure par le maître des lieux saints que je n’ai jamais vu personne parmi nous comme Mansour », dira son frère et fidèle disciple, El Hadji Abdou Aziz Sy, dans un de ses poèmes.
EL HADJ ABDOUL AZIZ SY « DABAKH » – Une vie de régulateur social
El Hadj Abdoul Aziz Sy, quatrième fils d’El Hadj Malick Sy, est né en 1904, de Sokhna Safiétou Niang. Il eut la chance d’être éduqué par son père, ses grands frères. Fort de sa formation à l’université de Tivaouane où professaient tout ce que comptait le Sénégal de meilleurs enseignants. El Hadj Abdou Aziz Sy fit comme son père des voyages afin de voir ce qu’il y a dans les autres contrées du pays .
Ainsi il partit voir un des compagnons de Maodo Serigne, Hady Touré, pour parfaire sa culture. Ce dernier n’hésitera pas plusieurs années plus tard à lui consacrer un poème pour louer ses qualités de guide : « su fékoon serigne si dagnou doon ourus, yaw la fi guiss nga di Ngalam » . Il fréquenta plusieurs centres d’excellence, notamment celui de Mbacoumé, dans le Cayor. Puis en 1930 à l’âge de 26 ans, il partit à Saint-Louis qui était un passage obligé pour tout érudit, chez Serigne Birahim Diop. Il entreprend le pèlerinage à La Mecque avec son ami Lamine Guèye en 1947. Il acquiert rapidement une réputation de poète et de chanteur en dirigeant les Chœurs des talibés de son père, ce qui contribuera à lui assurer une solide popularité parmi les membres de la confrérie. Rassembleur des forces sociales ; philosophe, moraliste et poète, il faisait autorité de par sa sagesse et sa culture.
Dans ce Sénégal pré et post-indépendance traversé par tous les courants et où tout le monde cherche à se mettre devant, « Dabakh » (qui est bon) a choisi d’être à l’écoute et au service des hommes. Donc à équidistance des leaders politiques selon certaines sources proches de la famille, tout en lui était simplicité, humilité, générosité et disponibilité. En somme, il rassurait.
Serigne Abdoul Aziz Sy, c’est aussi le républicain qui n’hésite pas à s’impliquer en temps de crise pour aplanir les divergences entre forces sociales. Le sage de Tivaouane n’était pas un homme qui se taisait quand sa société était en danger. Face aux menaces qui guettent ses compatriotes, il a toujours demandé aux chefs religieux de tenir un langage de vérité à leurs fidèles. Au pouvoir temporel, il a toujours rappelé que rien n’allait plus dans ce pays en raison des hommes faux, corrompus et malhonnêtes exploitant honteusement les populations.
Dans le domaine économique, Abdoul Aziz n’échappe pas à la règle et tire de ses fonctions d’appréciables subsides. Il possède plusieurs concessions agricoles, en particulier dans la région de Saint-Louis, dont l’exploitation est assurée par ses talibés. Il s’illustra non seulement par son érudition mais aussi par ses prêches, son engagement pour la cause islamique, ses nombreux écrits en arabe et une importante biographie de son père, El Hadj Malick Sy.
Pacifique dans l’âme, humble, courtois et discret, Serigne Abdou Aziz a su tisser dans les pays arabes, notamment au Maroc et en Arabie Saoudite, un tissu relationnel très dense, avec un seul et unique objectif : cimenter la Umma islamique. Il s’est toujours considéré, preuve d’une rare modestie, comme un simple disciple parmi ceux de son vénéré père. Par son attachement à l’esprit et à la lettre du Coran et de la sounah, il fut l’exemple achevé du soldat de la foi. Par sa présence rassurante, il a su relever, avec beaucoup d’humilité, le défi de son illustre prédécesseur.
Par la grâce de Dieu, il a été un des serviteurs du Prophète qui ont élevé la tolérance au rang de sacerdoce. S’étant toujours préoccupé de la formation religieuse et de l’éducation de base des croyants, Serigne Abdou s’est fait un honneur de contribuer à l’unité et à la concorde entre confréries. Fervent partisan de la paix, il s’est personnellement investi pour en appeler à l’union des coeurs et des esprits.
Parler de Serigne Abdou, quelque angle que l’on puisse prendre, ne revient qu’à une chose : « daa baakh » (c’est un homme de bien). Après avoir veillé quarante (40) ans sur l’héritage et le temple de Maodo, il est rappelé à Dieu le 14 septembre 1997.
SERIGNE MANSOUR SY – La marque de l’intellectuel
Né le 15 août 1925 à Tivaouane ; Serigne Mouhamadou Mansour Sy hérite du Khalifa au lendemain du rappel à Dieu de El hadji Abdoul Aziz Sy.Petit-fils de El Hadj Malick Sy, un des pionniers du tidjanisme au Sénégal, « Borom Daara Ji » est le fils de Seydi Ababacar Sy, qui est le deuxième fils de son grand-père, et de Sokhna Aïssatou Seck.
Il accéda au titre de Khalife de la Tidjnanya du Sénégal le 14 septembre 1997. Son khalifa qui a duré 15 ans a véritablement marqué la communauté musulmane en général et plus particulièrement la confrérie Tidjane. Serigne Mansour se distingua par sa grande dimension intellectuelle et par une générosité dans le partage de son savoir.
Des suites d’une maladie, il est décédé dans la nuit du 8 au 9 décembre 2012 en France. Le saint homme aura véritablement marqué la communauté musulmane à travers plusieurs générations et la confrérie Tidjane en particulier. Son cadet Cheikh Ahmed Tidiane Sy al Makhtom lui succéda au Khalifa.
Serigne Cheikh Ahmad Tidiane Sy “Al Maktoum” –Le marabout intellectuel du Sénégal
Il est surnommé le «marabout intellectuel du Sénégal» du fait de ses études poussées mais aussi de son long séjour en France. Serigne Cheikh Ahmad Tidjane Sy, est le fils de Serigne Babacar Sy. Actuel khalif des tidjanes, il s’est illustré dans les affaires politico-économiques du Sénégal. Avant de se retirer de la scène publique. Retour sur la vie de l’homme.
Chez les disciples tidjanes, l’on dit souvent que Serigne Cheikh Ahmad Tidiane Sy «Al Maktoum» à un double privilège de son état-civil. D’abord parce que la Tidjaniya, est fondée par son homonyme, Ahmad At-Tidjani puis largement propagée par El Hadji Malick Sy, son grand-père. C’est dire alors que l’homme avait tout pour être particulier dans sa lignée.

Surdoué à souhait, Serigne Cheikh comme on l’appelle affectueusement, avait bouclé les cycles inférieur et moyen des études islamiques à 14 ans. A 16 ans, il publie son premier livre : «Les vices des marabouts». Puis plus tard, sort «L’inconnu de la nation sénégalaise : El-Hadji Malick Sy ».

A la trentaine, il effectue son premier voyage à Paris où il a vécu, pendant des années. Cette précocité intellectuelle fait de lui qu’il joue les rôles de secrétaire dans l’entourage de son père, Serigne Babacar Sy. «La religion ne doit pas rendre neutre son sujet aux travaux de réforme mondiale. (…) Apprendre ses devoirs religieux et les mettre en pratique n’exclut nullement les travaux manuels et d’esprit qui conduisent à l’amélioration du sort de l’humanité. C’est là un autre champ qu’il ne faut pas fuir pour aucun prétexte», avait comme crédo, «Al Maktoum».

Source Asfiyahi

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