Multilatéralisme : «Nous devons moderniser nos institutions multilatérales» (Macky Sall)

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Le président de la République, Macky Sall, est revenu sur la nécessité pressante de donner «un second souffle au multilatéralisme» mis à rude épreuve par les menaces qui transcendent les frontières et qui ont pour noms : crise financière, pandémie, terrorisme, réseaux criminels, changement climatique… Face à ces périls qui menacent le monde dans son entièreté, le président du Sénégal estime qu’il faut un «multilatéralisme» actif et efficace. Pour ce faire, une modernisation des institutions multilatérales s’impose.
Voici in extenso la tribune publiée sur Twitter : Déclaration collective de Macky Sall, cosignée par les présidents costaricien (Carlos Alvarado Quesada), sud-africain (Cyril Ramaphosa) et les Premiers ministres néo-zélandaise (Jacinda Ardern), suédois (Stefan Löfven), espagnol (Pédro Sánchez).

Donner un second souffle au multilatéralisme

L’année dernière, les Nations Unies ont organisé une consultation qui a mobilisé la participation de plus d’un million de personnes dans 193 pays. Les commentaires ont mis en évidence des faits importants. Par ailleurs, l’Assemblée générale des Nations Unies de cette année doit répondre en renforçant le multilatéralisme fondé sur des règles.

Tout d’abord, la consultation a constaté que les attentes et les espoirs des femmes, des hommes, des filles et des garçons du monde sont étonnamment similaires. Les gens veulent bénéficier d’un meilleur accès aux soins de santé de base, à l’assainissement et à l’éducation. Ils veulent également voir davantage de solidarité vis-à-vis de ceux qui sont les plus touchés par la pandémie et de ceux qui vivent dans la pauvreté. La principale préoccupation à long terme des répondants est la double crise du changement climatique et l’accélération de la perte de biodiversité. Près de 90 % des participants estiment que la coopération mondiale est essentielle pour faire face aux défis actuels. En outre, une majorité d’entre eux estiment que la pandémie a rendu la coopération internationale encore plus urgente. Il est particulièrement encourageant de constater que les jeunes du monde entier appellent clairement à davantage de coopération internationale.

La consultation de l’an dernier a été une invitation à l’action. Le secrétaire général de l’ONU António Guterres a publié le rapport Our Common Agenda qui fait suite à la Déclaration politique 75 de l’ONU adoptée par tous les chefs d’État et de gouvernement membres de l’ONU, il y a un an. Ce nouvel ordre du jour définit un plan audacieux pour relever les défis actuels et à venir.
La menace d’effondrement doit être considérée comme une possibilité d’innovation. C’est pour cette raison que nous nous engageons à renforcer le soutien de nos pays en faveur des efforts du Secrétaire général qui visent à donner corps à l’ambitieux programme de l’ONU.
La pandémie de COVID-19, contre laquelle nous continuons à lutter au niveau mondial, a fait passer le message suivant : nous vivons dans un monde interconnecté et interdépendant. En outre, ces derniers mois, nous avons vu un nombre record de personnes touchées par des vagues de chaleur, des inondations dévastatrices et certains des plus grands incendies de forêt de l’histoire récente, confirmant une fois de plus la menace sans précédent posée par le changement climatique.

L’ONU est le cœur du système international. Le fait que le monde se soit réuni il y a 76 ans pour créer une organisation qui « parvienne à la coopération internationale pour résoudre des problèmes internationaux » est extraordinaire en soi. Mais ce qui est encore plus frappant, c’est que cette organisation ait perduré malgré ses défis et ses lacunes. Elle montre que la voie vers un avenir meilleur, plus pacifique et plus durable est pavée de coopération – et non de concurrence à somme nulle.

Cependant, les organisations internationales du monde entier ont été édifiées principalement pour résoudre des problèmes interétatiques et non des problèmes qui transcendent les frontières, comme les crises financières, les pandémies, le terrorisme, les réseaux criminels, les menaces envers nos océans ou le changement climatique. Nous devons donc moderniser nos institutions multilatérales, les adapter à nos objectifs et les mieux doter pour faire face aux défis mondiaux et intergénérationnels auxquels nous sommes confrontés.
Après avoir observé les différences marquées entre le monde de la génération des fondateurs de l’ONU et le monde d’aujourd’hui, nous avons décidé l’année dernière de relancer le débat sur la réforme du Conseil de sécurité de l’ONU et de poursuivre les travaux de revitalisation de l’Assemblée générale et de renforcement du Conseil économique et social. Conformément à la Déclaration commune que nous avons ratifiée le 10 novembre 2020 à Madrid, nous voyons trois domaines d’action qui doivent être mis en avant afin de faire progresser notre objectif commun de renforcement du multilatéralisme.

Premièrement, nous avons besoin d’un engagement renouvelé en faveur de la coopération internationale. Les organisations multilatérales doivent être dotées des moyens et du mandat nécessaires pour faire la différence sur le terrain. La coopération entre l’ONU, les organisations régionales et les institutions financières internationales doit s’améliorer tant au niveau politique qu’opérationnel. Le système multilatéral doit être plus ouvert et plus inclusif pour que puissent s’exprimer les jeunes, la société civile, le secteur privé, le monde universitaire ainsi que d’autres interlocuteurs.

Nous mettons déjà cela en pratique. En marge de l’Assemblée générale de cette année, nous avons organisé l’événement virtuel « Réaliser le Programme commun de l’ONU – Action pour atteindre l’égalité et l’inclusion » en collaboration avec l’initiative Pathfinders for Peaceful, Just, and Inclusive Societies initiative (Initiative Pionniers pour des Sociétés pacifiques, justes et inclusives). Nous avons l’intention de nous assurer que toutes les voix pourront se faire entendre.

Deuxièmement, nous devons agir dans le cadre de l’ordre du jour du Secrétaire général en adoptant des mesures audacieuses en vue de relancer et de renforcer notre capacité à lutter contre la pauvreté et les inégalités, d’assurer l’inclusion, l’égalité de participation et la justice, résoudre la crise climatique et l’accélération de la perte de biodiversité et nous doter du matériel nécessaire à la lutte contre les futures menaces de pandémie.

La crise de la Covid-19 nous a appris que nous devons renforcer notre capacité collective à anticiper, prévenir et gérer des risques complexes tels que les épidémies, les nouvelles guerres, les cyberattaques massives, les catastrophes environnementales ou d’autres événements imprévus. Nous nous félicitons donc des suggestions du Secrétaire général sur la manière de renforcer la prospective mondiale et la capacité de gestion des risques, en particulier la proposition d’une nouvelle « plateforme d’urgence » mondiale.
Enfin, nous nous félicitons de la proposition d’un Sommet de l’avenir en 2023 et nous devons profiter de cette occasion pour intensifier nos efforts en vue de renforcer la coopération internationale. Dans le monde d’aujourd’hui, grevé de tant de problèmes ayant des répercussions au-delà des frontières et des générations, nous devons saisir l’occasion présente pour créer un système multilatéral plus agile, plus efficace et plus responsable, destiné à tous les citoyens et nous permettant de relever les défis mondiaux qui nous font face.

Nous voulons être à l’avant-garde de cet effort. Ensemble, nous pouvons et nous devons donner un second souffle à un multilatéralisme fondé sur des règles, portant en son sein une ONU plus forte et plus inclusive. Voilà la grande tâche politique de notre temps !

Signataires
Macky Sall, Président du Sénégal
Carlos Alvarado Quesada, Président du Costa Rica
Jacinda Ardern, Première ministre de la Nouvelle-Zélande
Stefan Löfven, Premier ministre de la Suède
Cyril Ramaphosa, Président de l’Afrique du Sud
Pédro Sánchez, Premier ministre de l’Espagne

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