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TOUR DE TABLE AVEC… Cheikh Mbacké Sène, expert en intelligence économique : «Ce n‘est pas moins de 4 points de croissance qu’il va falloir combler»

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Cheikh Mbacké Sène, expert en intelligence économique, veille et communication stratégique, parle de la récession économique causée par la pandémie du Covid-19. Dans cet entretien, M. Sène, par ailleurs président de la commission préparatoire du Centre international d’analyse économique, membre de l’Alliance pour la République (Apr) et de la Convergence des cadres républicains (Ccr), aborde la relance économique évoquée par le Président Macky Sall dans son dernier discours à la Nation.

Quels sont les secteurs les plus impactés par le Covid-19 ? 
Tous les secteurs ont été impactés du double fait de l’inactivité généralisée et des interconnexions et interdépendances entre eux. Au-delà de la réduction des volumes de travail et la baisse de la productivité, il y a eu le défaut d’approvisionnement de plusieurs secteurs en matières premières, produits semi finis et/ou finis. Cela dit, certains secteurs sont plus impactés que d’autres. On peut citer le tourisme, l’événementiel, les trans­ports, l’hébergement, la restauration, l’Administration publi­que, l’industrie, la construction, le commerce non alimentaire… Ainsi, les pertes indirectes dues aux liens intersectoriels dans ces secteurs précités produisent un effet multiplicateur sur l’ensemble de l’économie.

Le Fmi projette un taux de croissance au Sénégal de 1,1% en 2020 à cause du Covid-19 contre 5,3% en 2019. Comment faire pour le relever ?
Ce n’est pas moins de 4 points de croissance de perdu en perspective pour l’exercice 2020 qu’il va falloir combler. Et cela n’est pas fini, car une prolongation de la période de blocage de quatre à huit et douze mois augmenterait les pertes de façon assez linéaire, soit 4,2 et 4,9% du Produit intérieur brut (Pib) national respectivement. Il faut intégrer le fait que le nombre d’heures de travail perdues au cours du premier semestre 2020 est largement supérieur à ce qui avait été prévu, tandis que la reprise hautement incertaine ou poussive au deuxième semestre ne suffira pas à revenir aux niveaux antérieurs à la pandémie, même dans le meilleur des scénarios possibles, et qu’il existe un risque de voir se poursuivre les difficultés.

Que pensez-vous du plan de relance de l’économie post Covid-19 basé sur l’agriculture et évoqué par le Président Macky Sall dans son discours à la Nation ?
L’Agriculture, qui contribue à hauteur de 14% au Pib et occupe 50% environ de la population active, est un passage obligé dans le «new deal» sénégalais en référence au plan du Président Roosevelt pour la relance de l’économie américaine au lendemain de la crise de 1929. Cette crise a donné raison au Président Macky Sall sur la nécessité d’avoir une agriculture forte et autosuffisante. Depuis son élection en 2012, il s’est engagé à développer la production alimentaire afin d’emmener le pays vers l’autosuffisance. Le salut de la résilience et d’une croissance durable passe inéluctablement par une agriculture dynamique et prédisposée à l’autosuffisance alimentaire. Le message du chef de l’Etat doit être compris dans un sens plus large, allant au-delà de la production agricole stricte, mais intégrant également la transformation, la conservation et la commercialisation des produits. Le président a injecté dans la campagne actuelle 60 mil­liards de francs Cfa et a contracté un accord avec la Banque mondiale portant sur un crédit de 150 millions de dollars pour le renforcement de la productivité agricole et la construction de systèmes alimentaires résilients.
Ces initiatives viennent rejoindre le volet Programme de relance et d’accélération de la cadence de l’agriculture au Sénégal (Pracas) du Plan Sénégal émergent (Pse).

Cette volonté d’atteindre l’autosuffisance alimentaire appelle des actes concrets de la part des décideurs, mais devrait-elle se limiter à des discours ?
En avril 2018, le chef de l’Etat avait procédé à la distribution de 1 000 unités d’équipements agricoles d‘une valeur de 32 milliards de francs Cfa. Ce matériel composé de tracteurs, de moissonneuses-batteuses, d’engins de génie civil, de motopompes, etc. est acquis dans le cadre de la coopération entre le Sénégal et l’Inde pour l’atteinte de l’autosuffisance en riz. La vision du Président Macky Sall est de passer d’une agriculture de rente et vivrière à une agriculture industrialisée en augmentant les surfaces cultivables, les périmètres irrigués, les modes opérationnels et en réglant les problématiques d’eau, matérielles et logistiques. Le Pracas prône une autosuffisance en riz par la riziculture irriguée et pluviale, la production arachidière dans le cadre d’une approche chaîne de valeurs et le développement du maraîchage et de l’horticulture, un segment dédié principalement à l’export. Ainsi, en passant de 527 mille tonnes d’arachide en 2011 à 1 million 400 mille tonnes en 2017, la production a été multipliée par 2,65 en 6 ans. Le Président Macky Sall a également mis sur pied un Programme national d’autosuffisance en riz (Pnar) pour faire passer la quantité de riz produite dans cette région nord de 455 mille tonnes actuellement à 875 mille tonnes en 2020. Le Sénégal est aujourd’hui à 455 mille tonnes de riz qui sont produites au niveau de l’ensemble de la vallée du fleuve Sénégal. Et d’ici 2020, si les mesures ou bien les stratégies sont mises en œuvre, cela permettra d’atteindre 875 mille tonnes de riz. Une kyrielle de mesures d’accompagnement et incitatives pour soutenir la production et la transformation est de mise. A commencer par le partenariat noué avec la Caisse nationale de crédit agricole du Sénégal (Cncas) pour accompagner la politique agricole, par une ligne de crédit de 10 milliards de francs Cfa autour de cette institution, destinés aux financements des producteurs. Sur ce registre, d’autres points à souligner comme l’écosystème développé autour de la vallée, avec des unités ayant une capacité de transformation de 339 tonnes/h. Si l’ensemble de ces unités fonctionnait pendant toute l’année, c’est près d’un million de tonnes qui pourraient être transformées. Entre 2014 et 2018, il y a plus de 24 unités de transformation qui se sont déjà installées. Toujours dans le registre agricole, le Sénégal a produit environ 400 mille tonnes d‘ognons en 2017, contre 190 mille tonnes en 2011, soit une hausse de 110% en 6 ans. Tous ces projets perturbés par la pandémie doivent être relancés dans les meilleures conditions et délais.

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