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“Massacre de Thiaroye 1er décembre 44 et fusillade des fourmis 1er mai 1891…”

Massacre de Thiaroye 1e décembre 44 et fusillade des fourmis 1e mai 1891 : L’injustice de la France jusque dans notre mémoire collective

Nous souffrons depuis la nuit des temps, et le plus affligeant c’est que nous continuons à adorer nos bourreaux. Le masochisme spirituel et politique de l’Africain doit maintenant prendre fin et, pour y arriver, il faut déconstruire les mythes inhibiteurs. Si j’étais afro-centriste, je dirais que quand nous avions le pouvoir en Egypte antique, nous avons laissé les autres peuples venir s’y abreuver aux différentes sources du savoir ou y demeurer librement. Et quand nous perdîmes ce pouvoir au profit d’autres, ils nous ont soumis en esclavage ou nous ont exilés. Mais je préfère parler des faits tels qu’ils sont en tout cas rapportés par l’histoire récente. En prenant deux évènements différents par leur nature et par leur ampleur, je voudrais souligner très brièvement la tradition de manque de respect des Français pour les Africains. Macky et sa bande devraient méditer le sort qui a été réservé à leurs prédécesseurs et, bien avant ces derniers, aux tirailleurs sénégalais. Ces présidents bouffons qui saluent la clairvoyance et la générosité de la France pour un Sommet loufoque et insipide font en réalité de l’illusion volontaire.

Trente-cinq, soixante-dix ou plusieurs centaines de tués ? Nous n’avons même pas le privilège de savoir combien de soldats africains démobilisés ont été froidement massacrés durant cette funeste matinée du 1e décembre 1944. Dans tout pays sérieux et libre, des études et des fouilles archéologiques auraient été commanditées pour rétablir la vérité historique, mais il y a comme une sorte de véto de la France sur cette affaire. Le Président-comédien François Hollande s’est autorisé (le 12 octobre 2012 à Dakar) un service minimum en proposant 35 morts et nous, comme d’habitude, nous nous contentons de ça ! Il faut dire d’ailleurs que ce serait plus inspiré de notre part de célébrer le massacre du 1e décembre de Thiaroye 1944 à la place du 1e mai, car les martyrs de Thiaroye revendiquaient leur dû, un meilleur traitement. Les martyrs du 1e mais revendiquaient un dû pour une peine de sueur tandis que les victimes de Thiaroye 44 avaient mis leur vie en péril pour une nation qui n’en vaut pas la peine !

Le procès des martyrs de Thiaroye 44 doit se tenir ! Si la France continue de tergiverser, il faut créer des chambres africaines extraordinaires pouvant statuer sur ce crime odieux. Ils jugent nos chefs d’État coupables de massacres ou d’enrichissement illicite quand ces derniers ne représentent plus leurs intérêts. Ils prétendent que M. Hussein Habré est un génocidaire alors qu’ils ont fait et continuent de faire pire. Ce qui est plus révoltant c’est qu’au-delà du négationnisme des autorités françaises, cette tragédie de Thiaroye 44 est très mal connue, y compris chez les Africains. Le massacre de Fourmies le 1e mai 1891 sur des ouvriers qui réclamaient une réduction de la journée de travail a fait neuf morts : donc un bilan insignifiant comparé même à celui officiel de Thiaroye 44 (35 morts). Mais nous savons tous que dans la conscience collective des Français il n’y a égalité ni entre la vie des noirs et celle des blancs ni entre les nations.

Un fait d’histoire pourrait nous prouver cette triste et cruelle vérité. Le 3 novembre 1935, les troupes italiennes entrèrent en Éthiopie, un État dont la souveraineté internationale était reconnue en tant que membre de la SDN. Mais contre toute attente, le 4 novembre 1935, ce sont des intellectuels français (850 !) qui publièrent dans le journal le Temps un « Manifeste des intellectuels français pour la défense de l’Occident et la paix en Europe » ! Ce Manifeste qui, au nom de la paix en Europe, s’opposa à toute sanction contre l’Italie (Dieu est vraiment juste car la deuxième guerre mondiale a montré à la France son ignominie) nie expressément l’égalité des nations. C’est vrai que d’autres intellectuels comme Aragon, A. Gide, A. Malraux, etc. publièrent le lendemain un « un Manifeste pour le respect de la Loi Internationale », mais, si 850 intellectuels ont été capables de tomber si bas, ça nous donne une idée de l’état d’esprit de l’opinion commune française de l’époque sur cette affaire et, au-delà sur la perception que les Occidentaux ont des Africains.

La société civile africaine doit se battre pour que justice soit faite pour les doubles martyrs de 1944. Après avoir été démobilisés (certains étaient libérés de geôles allemandes, mais d’autres pour raison de blanchissement des troupes libératrices de la France), ils sont déportés dans un lumpen militaire, puis fusillés. Des mémoires dans les deux sens du mots de guerre furent en même temps effacés par cet acte odieux. Qu’est-ce que la France cache dans cette affaire ? Le combat doit être mené dans les réseaux sociaux, dans la presse traditionnelle, sur le plan scientifique, mais aussi dans la sphère politique. Il faut que cette histoire soit davantage vulgarisée et que les jeunes Africains en soient imprégnés. Pour commencer, il nous faut une journée du Tirailleur sénégalais sur Facebook pour créer une secousse mondiale. Il faut que partout, dans nos profils et publications, nous fassions connaître cette histoire aux quatre coins du monde. Il faut que le monde sache ce que cette France qui nous ferme ses frontières, déstabilise notre région et exploite notre pétrole dans les conditions qui lui conviennent a fait à nos braves ancêtres tirailleurs.

* Alassane K. KITANE

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